[insérer ici une quelconque onomatopée]

01 janvier 2006

Cogito Ergo Fum

A 17 ans je faisais partie de l'atelier d'écriture de mon lycée. J'avais envie d'écrire depuis longtemps mais je ne m'y étais mis que depuis quelques mois, et j'avais produit trois courtes nouvelles. Dans la première, un gamin écossais passait la nuit dans un château dit hanté à la suite d'un pari, et finissait décapité par le fantôme (je m'imaginais que c'était une "chute" à la Maupassant, parce que j'aimais Maupassant). La deuxième racontait une non-histoire d'amour fort rocambolesque entre deux personnes nommées Tom et Mary. Je vous raconte pas l'histoire, c'est la meilleure du lot et je la publierai peut-être ici un jour, mais ça finissait par une chute, parce que bon, Maupassant, tout ça. Dans la troisième, un mec qui vient de mourir se réveille dans une machine entourée d'êtres étranges. Les créatures en question lui expliquent que notre Terre est en fait une réalité-prison utilisée pour punir les criminels, sa "mort" signifiant la fin de sa peine et le retour à la "vraie réalité". Alors je sais, ça ressemble beaucoup à Matrix, sauf que ce film existait pas encore. Il faudrait plutôt y voir l'influence de Philip K. Dick, et puis bien sûr l'idée de faire une chute est inspirée des oeuvres d'un certain auteur français prénommé Guy.

On pourrait dire beaucoup de l'influence perverse de Dick sur les esprits adolescents. J'étais obsédé par lui à l'époque. Et aussi, pour les mêmes raisons, par Descartes. Lorsque j'ai étudié son Cogito Ergo Sum en cours de philo, ce fut une révélation: c'était donc vrai ! rien de ce que nous percevons n'est réel, tout n'est qu'illusion, une autre personne l'avait pensé avant moi ! S'il y'en avait eu un comme Descartes, il pouvait y'en avoir d'autres. Je me sentirais donc moins seul en observant la bouche d'aération de ma chambre, quand je me demandais s'il y avait une caméra derrière qui m'espionnait. Il y avait aussi ce sage chinois qui se demandait s'il avait rêvé qu'il était un papillon ou si c'était le papillon qui rêvait d'une vie de sage chinois. Durant des années ces thêmes ont occuppé l'essentiel de mes réflexions, je me suis passionné pour la magie et les expériences psychédéliques de Timothy Leary. Puis je me suis lassé, et aujourd'hui je fais une confiance aveugle à la Réalité et à mes perceptions.

Mais en attendant, il me fallait un texte pour le journal de l'atelier d'écriture. J'eus donc l'idée d'une nouvelle racontée du point de vue d'un chien, mais on ne le saurait qu'à la fin, comme ça y'aurait une chute. C'est juste à ce moment que je lus le premier tome de l'intégrale des nouvelles de Philip K. Dick, et une des premières était basée sur une idée identique (elle s'appelle Rouf, du nom donné aux extra-terrestres, en fait des éboueurs). Damn ! Il m'avait volé mon idée !

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce que tout m'est revenu hier, alors que j'étais chez la famille d'un ami et que j'observais (un peu fumé il est vrai) les nombreux rongeurs qui y vivent en cage. J'avais l'impression que ce hamster me regardait avec des yeux pleins de haine, moi qui n'étais qu'un Humain, un bourreau. Je m'imaginais à sa place, abruti par une vie répétitive, à m'user les dents à boire dans ce tuyau métallique, à me tordre le cou pour atteindre la paille accrochée au mur, sans même avoir la possibilité de baiser avec une femelle pour passer le temps. A un moment j'en vois un petit par terre en train de courir. Par réflexe, j'essaye de l'attraper, avant de regretter. Il y en a donc qui réussissent à s'enfuir ! Ils vivent dans le garage, cachés, à tenter d'échapper à leurs maîtres et aux deux caniches. Certains parviennent peut-être à rejoindre l'extérieur. Où, qui sait, ils pourront contacter le réseau de la Résistance et planifier une opération d'évasion pour leurs congénères toujours prisonniers. Le propriétaire des lieux ne fait pas trop d'efforts pour choper le fuyard, il remet ça à plus tard. Bonne chance, Camarade !

Mon ami, qui a semble t-il une imagination aussi débordante que la mienne, plaisante sur le fait que peut-être les Rongeurs sont des envahisseurs extra-terrestres qui complotent dans notre dos. C'est ainsi ! Le meilleur moyen de réduire à néant la révolte des opprimés est de la faire passer pour une tentative de domination d'un peuple conquérant et cruel. Il en était de même de la propagande anti-communiste, qui les comparait également avec des envahisseurs extra-terrestres (parce que les Martiens viennent d'une "planète rouge"). En plus, j'ai pas réussi à trouver de chute à mon histoire.



15 août 2005

K is for Kaos (chic, c'est bientôt la rentrée)

Nous rentrons actuellement dans ma période favorite de l'année, lorsque les gens sont encore en vacances mais qu'on commence à ressentir une certaine agitation fébrile à l'approche de la rentrée. Comme si tout le monde ressentait dans l'atmosphère qu'il est imminent qu'il se passe quelque chose. On ne sait pas encore quoi, ni si ce sera bien ou mal, mais en tout cas ce sera excitant. C'est cette sensation d' imminence qu'une amie et moi avons nommé, il y a maintenant longtemps déjà, le Facteur K (sic).

Ce concept évoque beaucoup de choses pour moi. Toutes les soirées passées avec l'amie en question, dans le garage d'un autre pote, au cours des quels nous nous "faisions chier comme des rats morts". Ils ne pouvaient pas comprendre, les autres, ils étaient tous en couple, et s'adonnaient à leur grande passion, le jeu de rôle. Mais D. et moi ne nous plaisions pas assez pour les imiter, et j'étais déjà bien blasé du JdR, dont les limites m'apparaissaient maintenant assez clairement (pourquoi gaspiller son énergie créative à fuir la réalité, alors qu'il est possible de l'utiliser pour la transformer ?). Notre principale activité consistait donc à se vautrer dans notre ennui tout en attendant ces moments de grâce, lorsque l'espace d'une soirée ou d'une heure, la machine à ressentir s'emballait et que tout semblait possible... le Facteur K daignait enfin montrer le bout de son nez. Au fil des années, la signification de la chose s'est étoffée. Mes lectures de Paul Auster et son obsession pour le hasard et les coïncidences ont fait du Facteur K le héraut de l'évènement improbable, comme lorsque l'on est prêt à tuer pour une clope, et qu'un paquet à moitié plein est abandonné devant soi dans une station de métro. D'autres références artistiques sont pour moi indissociables de cet ami de toujours: un poème, l'introduction des Fleurs du Mal, Au lecteur. Ainsi que tous ces groupes punks qui ont associé ennui, pulsion sexuelle et rage adolescente: Stooges, Ramones, Buzzcocks... et même Superbus, dont tous les textes tournent autour de ces thèmes !

Puis vint le 11 septembre, manifestation suprême du Facteur K, qui se révélait enfin dans toute sa rage et sa puissance dévastatrice. Le prix fut lourd à payer, mais il fallait bien ça pour mettre fin à deux décennies d'ennui. Ce jour là, devant la télé, en compagnie des deux personnes qui étaient en train de devenir les deux personnes les plus importantes de ma vie, j'ai pleuré... Pour toutes ces victimes qui étaient ma famille et qui avaient perdu la vie, mais aussi parce que je savais que plus rien ne serait jamais pareil, que l'humanité était entrée dans l'ère du CyberPunk, et qu'à choisir je préférais encore le Nouveau Monde à l'Ancien. Quelques mois plus tard, deux chansons, New York City Cops des Strokes et Whatever Happened To My Rock'n'Roll de BRMC, devenaient les hymnes de cette révolution: une page était tournée...

Quatre ans plus tard, l'enthousiasme n'est plus aussi fort. Cette nouvelle vague rock ressemble fort à une britpop mondialisée. Tout ce que j'ai toujours aimé semble destiné à être affadi par la récupération commerciale, la pop sucrée s'est transformée en aspartame. Surtout, mes deux compagnons semblent bien décidés à se complaire dans leur mal de vivre, et les serments d'amitié ont fait place aux déchirures mesquines. Que sont devenu Andy, Claire, et Dag, les trois héros de Génération X ? Peu importe, je me suis toujours battu pour eux, je continuerai.

D'autant plus que cette rentrée 2005 s'annonce riche en évenements, en ce qui concerne la musique en tout cas. Les HushPuppies, Dionysos et les Warlocks vont assurer la bande-son. Sans parler de ce concert des Transplants, avec les Hellboys en première partie ! Je suis impatient de voir ça. Et si je suis impatient, c'est que le Facteur K est là.

Au lecteur

La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !
Aux objets répugnants nous trouvons des appas;
Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas,
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d'une antique catin,
Nous volons au passage un plaisir clandestin
Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,
Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie,
N'ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C'est que notre âme, hélas ! n'est pas assez hardie.

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !
Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde;

C'est l'Ennui ! - l'oeil chargé d'un pleur involontaire,
Il rêve d'échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
- Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère !

01 juillet 2005

Spirit of '66

Aujourd'hui il fait beau. Du coup, et de manière très prévisible, mon côté hippie remonte à la surface. Peut-être même que je vais mettre des salamandres bleues sur mon blog. Je fais une overdose de thé à la menthe en écoutant The Coral, j'ai envie de psychédélisme à l'anglaise, ambiance Ile de Wight/Ibiza/Gibraltar. Je pourrais même laisser mon imagination vagabonder jusqu'à Tanger. Bien sûr, l'hypothèse de ce voyage à Londres cet été, et d'en ramener ces Magic Mushrooms, participe à cet état. Le jeune plombier aux cheveux longs et à l'accent du sud qui squatte ma salle de bains aussi. Bon, allez, je ressors mes t-shirts aborigènes. La dernière fois que j'ai été dans cet état, je me suis inscrit en fac d'anthropologie à St-Denis dans la foulée. Who knows what happens next ?

« Accueil  1